Le col du Susten est une voie commerciale négligée, ce qui est une aubaine pour les randonneuses et randonneurs qui suivent l’ancien chemin muletier. Au pied des Dolomites de Gadmen, des roches moutonnées, façonnées par le glacier, s’étendent à travers la vallée, entre lesquelles se trouvent de petits lacs intacts, un haut marais et de petites gorges.
L’insignifiance du col du Susten est surtout due à sa situation géographique, à la jonction entre les deux principales lignes de transit alpin que sont le Gothard et le Grimsel. Les dépôts de marchandises y sont quasi inexistants et l’aménagement du sentier muletier est rudimentaire.
Pourtant, au XIXe siècle, le col du Susten avait presque réussi à sortir de cette insignifiance. En 1811, les cantons de Berne et d’Uri commencent à construire une «route de communication». Napoléon a fermé les frontières avec le Valais conquis, privant les producteurs de fromage de Suisse centrale de leur territoire de vente. Les Bernois, eux, espèrent des recettes douanières et inaugurent la route de leur côté du col du Susten dès 1817. Mais après la chute de Napoléon, le Valais est à nouveau accessible. Le canton d’Uri se concentre donc sur l’extension du Gothard. La route du Susten reste inachevée et devient un fiasco financier.
Il faut attendre plus d’un siècle pour que la Confédération relance sa construction – un projet national de promotion du tourisme automobile et de la population montagnarde. Celui-ci suit un concept esthétique: l’ingénieur en chef écrit qu’elle devait former «une unité avec le majestueux paysage de montagne». Toutes les parties en béton sont ainsi habillées de pierres naturelles et les points d’arrêt pour les voitures installés à des endroits photogéniques. Le jour de l’inauguration, en 1946, 15 000 voitures circulent sur la nouvelle route du Susten, soit environ 12% de tous les véhicules alors immatriculés en Suisse.